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Un jour, l'Homme découvrit une planète sur laquelle la vie existait. Il vit en elle une façon de lutter contre la surpopulation. Un explorateur fut envoyé pour en ramener une description détaillée et évaluer la possibilité d'une migration massive de la population.
L’explorateur arriva, après quelques années d’un voyage
sans histoire, en orbite autour de la planète. Il n’y décela aucune forme de
civilisation, mais la vie y était très développée : la faune et la flore avaient
couvert une grande partie de la surface du globe. L’air y était respirable. « Bonjour, Terrien. Bienvenue sur notre planète. Tu es ici en sécurité. » Il se retourna vivement mais ne vit rien de particulier. « Ne cherche pas à voir qui je suis, je ne te suis pas visible. - Mais qui es-tu ? Où es-tu ? - Je suis le représentant de cette planète, venu accueillir comme il se doit un visiteur. J’ai un message à te transmettre. Regarde autour de toi. Que vois-tu ? - Je vois une vie sauvage importante. - A ton avis, quelle est l'espèce dont l'intelligence se soit développée chez nous. - Je n'en voit aucune trace. - Pourtant, l’intelligence est présente partout. Chacun des êtres vivants en est une représentation concrète. - Je veux dire que je ne vois aucune trace de civilisation. - Parce que nous avons passé le stade ou nous laissions des traces. La seule forme intéressante est la forme vivante. Les masses inertes, sans vie qui représentent votre stade d'évolution ne nous sont d'aucun intérêt. Toute forme de vie évolue à son propre rythme, mais évolue sans cesse. Imagine ce que tu vois ici comme étant un monde ou la vie est apparu 250 000 ans avant qu'elle n'apparaisse sur ta planète. La vie ici a atteint son équilibre. - Comment cela ? - Nous avons atteint l’intelligence collective. Toutes les espèces l’ont atteint. Tout ce qui est décidé ou fait est approuvé par toutes les formes de vie. Il existe une énergie commune à tous qui nous permet de rêver ensemble, de nous raconter des histoire, de décider collectivement. Il n’y a donc plus depuis longtemps de guerre ni de violence. - Mais où dormez-vous ? Que mangez-vous ? Il n’y a ni culture, ni élevage, ni infrastructure, rien du tout ! - Tu ne regarde pas ce qu’il faut regarder. Pour te permettre de mieux comprendre ce qu’il se passe, mets-toi dans la peau de cet animal qui passe devant toi en ce moment. Et regarde l’arbre à ta gauche. L’arbre a formé dans son tronc un abri pour l’animal, et bénéficie ainsi de sa chaleur pour ne pas craindre le gèle des nuits d’hiver. Il produit des fruits pour que l’animal les mange et qu’il l’aide ainsi à se reproduire en rejetant les graines plus loin. Il y a une interaction immense entre les espèces. C’est déjà le cas sur ta planète, mais a un stade bien moins avancé qu’ici. - Mais comment vous protégez-vous des prédateurs ? - Il n’y en a plus car l'émergence progressive de la conscience et de l'intelligence a peu a peu rendu ce concept éthiquement inacceptable. Ils ont du disparaître ou leur métabolisme a du muter. Seul l’échange est valable : celui qui donne à un avantage à le faire (la reproduction par exemple) et celui qui prend en a un aussi (la nourriture). Toutes les proies ont muté intelligemment pour lutter contre leurs prédateurs. Souvent, différentes espèces se sont associées contre un prédateur commun. Et toujours, l’intelligence a été plus efficace que la force. - Mais vous êtes à la merci des maladies ? - Il existe deux sortes de maladies : les premières se soignent par les plantes et les ressources naturelles. Il suffit d’avoir la connaissance, et nous l’avons. La seconde ne se soigne pas, elle se cultive : Un organisme parasite dans un corps ne demande qu’à évoluer : il peut rendre service au corps qui l’héberge en le rendant plus solide, plus efficace. Ainsi, au lieu de lutter contre certaines maladies, nous les avons encouragées et elles ont appris à ne pas faire de mal aux corps qui les accueillent, mais au contraire à en prendre soin. En fait, un parasite n’est parasite que parce qu’il ignore les lois du milieu dans lequel il vit. Il n’a aucun intérêt à le détruire, pour sa propre survie. Dès que le parasite à atteint un certain niveau d’intelligence, il s’efforce de préserver au mieux son environnement. - Je crois que commence à comprendre... - La recherche de l’armorie des espèces est une aventure collective fantastique. Mais je dois vous mettre en garde car vous mettez en péril l'évolution de la vie d'une planète. Vous faites une erreur monumentale en recherchant la vie éternelle. - Vous acceptez la mort ? - La mort d’un organisme n’est pas la fin de la vie. La mort est indispensable à l’évolution biologique. La vie se transmet de génération en génération avec un héritage de toute la connaissance universelle. Si les êtres devenaient immortels, il n’y aurait plus d’évolution. Faites attention : plus vous allongez la durée de vie, et plus vous ralentissez l'évolution de votre espèce. - C’est peut-être illogique mais personnellement, je veux mourir le plus tard possible parce que j’aime la vie et que je veux la voir évoluer le plus longtemps possible. - C’est parce que tu as une pensée individuelle. Tu n’aimes pas la vie, tu aimes ta vie. La conscience collective est immortelle. Elle est la somme de tous les organismes vivants, et le patrimoine de tous les organismes morts. La mort de mon organisme ne me fait pas craindre de ne pas pouvoir voir ce qu’il se passera plus tard, parce que je fais avant tout partie de la conscience collective. Je continuerai donc à vivre en elle comme maintenant. - Tout de même, la vie doit être bien monotone, sans télévision, sans téléphone, sans véhicules pour se déplacer... je trouve que cela est une régression... - Nous sommes en extase permanente devant la beauté de ce qui nous entoure et par la puissance de la conscience collective. Nos connaissances évoluent sans cesse. Nous partageons nos rêves, nos expériences. Nous pouvons comprendre les arbres aussi bien que les planètes. C’est d’une richesse extraordinaire. Vivre le rêve d’une fourmi alors que l’on est un oiseau est une expérience formidable. Tous les esprits sont connectés, comme vous apprenez à le faire avec Internet, par exemple. - Et la technologie, justement ? Qu’en faites-vous ? - C’est simplement un moyen d’initiation. Elle permet de comprendre rapidement certaines choses. Elle permet d’apprendre à communiquer, en attendant de découvrir les façons naturelles de le faire, ou d’inciter une mutation pour y accéder sans utiliser d’artifices qui coûtent trop cher en dégradation de l’environnement et en travail. - La technologie nous éloigne de plus en plus des éléments naturels. Un retour en arrière est-il possible ? - Il ne s’agit pas d’un retour en arrière mais d’une continuité. Vous avez de plus en plus conscience que l’équilibre de votre planète est essentiel à votre survie, et vous chercherez des palliatifs naturels à la technologie qui vous est essentielle. Cette évolution n’est accessible qu’aux prémices de la conscience collective, et elle induit une lente mutation de l’espèce. Les autres formes de vie terrienne ne tarderont sans doute pas à vous faire comprendre que cette évolution est indispensable, car vous dégradez l’environnement que vous partagez avec elles. Et surtout, le plus grave, est que vous bloquez l'évolution des espèces, puisque vous transformez votre planète en musée, refusant que toute espèce disparaisse. Vous refusez même que le climat évolue. - Quel est donc l’avenir de l’Homme ? Va-t-il accéder à cette connaissance ? - L’Homme, je ne sais pas. La vie sur terre, sans doute mais ce n'est pas sur. Vous, l’espèce humaine, devriez être plus modeste car les autres formes de vie terrestre ont beaucoup à vous apprendre. Si elles ne suivent pas le même processus d’évolution que vous, elles accéderont peut-être à l’énergie universelle avant vous. Vous constituez un réel danger pour la vie sur votre planète. Vous avez aujourd'hui conscience qu'il faut prendre soin de votre environnement, mais vous ne savez plus distinguer ce qui est naturel de ce qui est de votre fait. Vous aurez beaucoup de mal à vous en sortir. Peut-être même qu'il est trop tard. » De retour sur terre, l’homme fut
considéré par ses semblables comme psychologiquement malade car son rapport
n’était pas cohérent. Pourtant, aucune tentative ne fut faite pour coloniser la
planète et l'histoire tomba dans l'oubli. (c) JBM 1997 - Tous droits réservés. Reproduction libre.
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